« Façade Denfert »

Une interface poreuse 1/2

10 juin 2020

Le bâtiment Denfert et la voie principale d'accès au quartier
 © 51N4E / lotoarchilab


Le long de l’avenue Denfert-Rochereau, la « Façade Denfert » regroupe une grande diversité de lieux et de fonctions, qui forment une interface vivante entre le quartier Saint-Vincent-de-Paul et le 14e arrondissement.

Première partie de l'entretien avec Benoît Lanon, architecte à l’agence bruxelloise 51N4E, mandataire du groupement lauréat.

Quelles ont été vos motivations pour répondre à la consultation de concepteurs pour la Façade Denfert ?
D’abord, la gestion transitoire du site par les Grands Voisins. Notre agence, 51N4E, s’intéresse de près à de telles initiatives. Elle en expérimente même de similaires, comme lors de la transformation en bâtiment mixte de la tour monofonctionnelle de bureaux WTC, dans le quartier de Bruxelles Nord. La gestion transitoire d’un lieu amorce son évolution et construit une histoire à partir de laquelle le projet prend forme. L’ancien hôpital présente, lui, un passé très riche. Le bâtiment de l’Oratoire, par exemple, a été depuis le XVIIe siècle couvent, hospice, orphelinat et hôpital. Les Grands Voisins en ont prolongé l’histoire en y introduisant la mixité avec un centre d’hébergement d’urgence, une ressourcerie, un restaurant… Mais les Grands Voisins proposent surtout une expérimentation sur la notion du vivre ensemble. Notre projet s’inscrit dans la dynamique de cette expérience, une approche que nous avons proposé sur l’intégralité de la « Façade Denfert ».

L'espace de coworking « La Ruche » aux Grands Voisins © Yes We Camp


Comment organisez-vous cette mixité le long de la « Façade Denfert » ?
Cette « façade » se compose de trois bâtiments : deux constructions historiques, l’Oratoire et Robin, et un bâtiment contemporain, Denfert, iconique. Celui-ci devait être dédié au CINASPIC, un grand équipement culturel privé. Plutôt que de concentrer la programmation du CINASPIC dans un énième bâtiment à vocation culturel parisien, nous proposons de la diffuser sur l’ensemble de la façade. Ainsi, l’expérience du site tel qu’on peut le vivre aujourd’hui avec les Grands voisins fait partie du programme culturel. L’ensemble de la « Façade Denfert », interface du quartier Saint-Vincent-de-Paul avec l’avenue Denfert-Rochereau, est « activée ». Des flux se créent sur toute sa longueur mais aussi son épaisseur.


La « Façade Denfert » avec, à gauche, le bâtiment contemporain Denfert et, à droite, les ensembles historique Robin et Oratoire © 51N4E / lotoarchilab


Ce parti pris est issu d’une analyse de l’occupation temporaire dans le but d’en prolonger la dynamique. Par exemple, la pouponnière a constitué, ces cinq dernières années, un espace de représentations et de débats. Elle deviendra un espace culturel polyvalent à terme. Mais avant, le temps du chantier, elle pourrait accueillir une maison du projet et une serre productive, où se développeraient, dans des pots de toute taille, les plantes qui agrémenteront la « Façade Denfert ». Les pots seraient conçus lors de résidences artistiques, à partir de matériaux de réemploi récupérés in situ durant le chantier. La Pouponnière offrirait ainsi une expérience végétale immersive et dépaysante.

Comment la « Façade Denfert » crée-t-elle l’interface que vous mentionnez ?
Nous proposons d’organiser cinq passages et cours qui transforment la limite perçue des bâtiments en rez-de-chaussée poreux sur toute la longueur de la « Façade Denfert ». Le projet urbain en prévoyait trois : la rue située entre les bâtiments Denfert et Robin, la cour Robin et la cour Oratoire. Nous y ajoutons la « Cour Cachée », et l’Agora. Ces cinq cours et passages proposeront des univers différents dans leurs atmosphères mais complémentaires dans leurs usages. Un axe piéton transversal, parallèle à l’avenue Denfert, permettra de les lier afin de découvrir cette séquence de lieux singuliers. Un terrazzo d’ardoises, issues du remplacement de la toiture, matérialisera cet axe, invitant à la déambulation, à la découverte.


La « Cour Cachée », accès de l'espace événementiel de la Pouponnière © 51N4E / lotoarchilab


En plus de l’espace culturel polyvalent de la Pouponnière, quels sont les programmes du site ? Où se situent-ils ?
Le bâtiment Denfert accueille au rez-de-chaussée l’Agora, un vaste espace d’exposition largement ouvert à l’avenue Denfert-Rochereau. Un restaurant, en relation avec l’Agora prend place dans l’angle du bâtiment. Au sous-sol de celui-ci, une centrale de mobilités alternatives offre aux habitants différents modes « actifs » de déplacements urbains.

Ensuite, des commerces sont réunis tout autour de la cour Robin et un restaurant géré par Réfugee Food Festival sera maintenu à l’emplacement de l’actuel restaurant de l’Oratoire. Le bâtiment séparant les cours Oratoire et Robin accueillera, au rez-de-chaussée et sous les combles, un incubateur artistique composé d’une résidence de créateurs et d’un espace de coworking. Au premier sous-sol, l’actuelle menuiserie des Grands Voisins devient, dans la continuité de l’expérience du lieu, un atelier partagé par les pensionnaires. D’autres espaces d’incubation se situent au rez-de-chaussée du bâtiment de la Pouponnière. Ils y côtoient l’ancienne chapelle, préservée.

En somme, l’ensemble de ces programmes font du rez-de-chaussée de la « Façade Denfert » un environnement très vivant et dynamique, dans la continuité des Grands Voisins. Quant aux logements, ils se répartissent dans les trois bâtiments Denfert, Oratoire et Robin.

Lire la seconde partie de l'interview

L'espace d'exposition « L'Agora » © 51N4E / lotoarchilab

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