Développement durable

La collecte des urines, un sujet sérieux

11 décembre 2019

Les réflexions  environnementales amènent à redécouvrir des ressources oubliées. C’est le cas de la collecte et de réutilisation des urines, expérimentée sur le projet Saint-Vincent-de-Paul.

Comme souvent en matière de développement durable, l’Europe scandinave et l’Allemagne ont été précurseurs. Dès les années 90, elles ont repris conscience du pouvoir fertilisant de l’urine. La France leur emboîte maintenant le pas avec la multiplication des recherches et réalisations en ce domaine. Par exemple, le programme OCAPI (Optimisation des cycles Carbone, Azote et Phosphore en ville), développé par l’École des Ponts Paris Tech et l’INRA. L’étude Agrocapi, menée dans ce cadre en 2017, a souligné une « efficacité des urines brutes ou traitées… proche de celle d'un engrais minéral » et « une assimilation de l'azote supérieure à un engrais organique classique comme le lisier bovin ». L’agence de l’eau Seine-Normandie subventionne, elle, jusqu’à 80%, des projets de collecte de l’urine avec son 11e programme « Eau & climat  ». Des moyens très conséquents pour ce nouvel axe de la transition écologique.

L’urine est, en effet, un engrais 100% naturel, très riche en nutriments pour les végétaux, comme l’azote, le phosphore ou le potassium… habituellement produits industriellement avec des conséquences en termes de pollution, de consommation énergétique et d’épuisement des ressources minières. L’idée est de la récupérer au lieu de la rejeter à l’égout. D’autant plus que l’urine, malgré les procédés d’épuration, dégrade les milieux aquatiques. La difficulté est que le liquide ne doit être mélangé ni à l’eau ni aux matières fécales pour être utilisée dans l’agriculture, ce qui nécessite une collecte séparative.

Un système de collecte des urines est à l’étude pour le futur quartier Saint-Vincent-de-Paul. Entre un et 10 bâtiments du site seront équipés de toilettes séparatives. Elles alimenteront, à travers un réseau dédié, une cuve de stockage. Les cahiers des charges imposés par Paris & Métropole Aménagement (P&Ma) aux différents opérateurs inclus d'ores et déjà la mise en place d’un tel dispositif.

La démarche, innovante, est actuellement testée sur le site des Grands Voisins où sont installés des prototypes d’urinoirs secs féminins, premiers du genre sur le marché. Ils ont été développés par la designer Louise Raguet et l’entreprise Toilettes & Co, avec le soutien financier de P&Ma. Les urines sont collectées sur place dans quatre cuves de 1 000 litres chacune. Quatre fois par mois, jusqu’au terme de l’occupation temporaire, à l’automne 2020, elles alimenteront des exploitations agricoles franciliennes partenaires de la démarche.


Pour aller plus loin :

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