Diane Berg

Le projet dessiné

04 février 2019

On observe depuis plusieurs années, un regain dintérêt pour le dessin à main levée dans la représentation des projets urbains. Comment l'expliquez ? Quel est l'apport de l'illustration à la compréhension du projet ?

Depuis les années 90, l’image 3D est largement utilisée. C’est un mode de représentation qui uniformise la production et il devient difficile pour les maîtres d’œuvre de se démarquer. La lassitude générée par sa systématisation fait aussi écho à une production numérique qui sature l’espace. À l’inverse, l’illustration à main levée est garante d’une unicité, donc d’une originalité, difficile à obtenir avec les images de synthèse. Elle offre aux agences d’architecture la possibilité de se distinguer grâce à des styles graphiques variés. Parallèlement, la pratique du dessin s’inscrit dans un art de vivre contemporain qui fait la part belle aux productions artisanales, une envie de simplicité.


© Diane Berg

L’illustration est particulièrement adaptée à la communication de projets urbains d’ampleur pour lesquels tout n’est pas acquis d’emblée… mais qui génèrent immanquablement des attentes de la population. C’est le cas de l’opération d’aménagement Saint-Vincent-de-Paul, basée sur une série de consultations d’opérateurs et concepteurs dont les résultats ne se révèleront que progressivement. Le dessin permet alors cette abstraction qui laisse les maîtres d’œuvre exprimer le projet sans le figer.

Il dit une intention plutôt qu’il ne fixe une image. Elle se dégage au prix de l’élimination de nombreux détails pour aller à l’essentiel. C’est ce qui en fait un médium facilement appropriable, un outil efficace de compréhension du projet. Soyons néanmoins lucides, l’illustration demeure encore très marginale dans l’environnement professionnel.

 
© Diane Berg

Laxonométrie du projet Saint-Vincent-de-Paul que vous avez réalisée est aujourdhui la principale représentation du futur quartier. Quel était son enjeu ?

Si la silhouette des futurs îlots n’est pas précisément connue, les fondamentaux du projet et la programmation de Saint-Vincent-de-Paul le sont. En tant qu’illustratrice d’architecture, j’ai l’habitude de mettre en avant les usages faisant des personnages et du mobilier mes objets principaux, et de l’espace, un décor. Pour cette représentation urbaine souhaitée par Paris & Métropole Aménagement, nous avons pensé dessiner des écorchés, c’est-à-dire dépouiller les bâtiments de leurs façades pour révéler la vie à l’intérieur. Cela nous a permis d’évoquer le projet, les programmes — l’école, la crèche, les logements, les activités —, les lieux, la densité, la croisée paysagère, les cours anglaises… sans avoir à prendre parti sur la forme. La volonté de traduire programmation et usages a imposé le format du dessin. Pour atteindre un niveau de détail suffisant, un centimètre par étage était nécessaire. La planche A2 s’est imposée comme format minimum. Une première phase préparatoire a permis de sélectionner le point de vue approprié. J’ai ensuite dessiné l’axonométrie à l’encre noire et aux crayons de couleur.


© Diane Berg


© Diane Berg

Vous avez « mis en dessin » les propositions des participants qui constituent lannexe citoyenne au cahier des charges de l’équipement mutualisé Pinard dans le cadre des ateliers de participation. Quel est lapport du dessin dans ce cas ?

Lors du dernier atelier de participation, j’ai présenté des dessins d’intention qui évoquaient les potentialités d’usages de l’équipement et spatialisaient les propositions des participants. Ces derniers ont discuté de l’emplacement des toits terrasses, du restaurant, de la cour d’école... Grâce aux dessins, l’ensemble des participants a pu visualiser les bâtiments et se mettre d’accord sur un principe d’aménagement en testant par exemple l’implantation des pilastres par rapport aux coursives. Ces supports au dialogue représentaient d’une part une base commune pour confronter les points de vue, d’autre part, ils ont servi la compréhension du projet. Cette première expérience m’a donnée envie de dessiner davantage en interaction avec le public.


© Diane Berg


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