Ville collaborative

Les nouveaux horizons de P&Ma

04 avril 2019

À travers le projet Saint-Vincent-de-Paul, Paris & Métropole Aménagement concrétise la notion de « ville collaborative ». Une approche renouvelée du cadre de vie urbain qui bouleverse le rôle des utilisateurs… et de l’aménageur.

Avant même l’élaboration du projet, l’ancien hôpital s’était ouvert, avec les Grands Voisins, à l’occupation temporaire. Une première acception de la « ville collaborative » qui repose sur une démarche d’invention urbaine « live » dont les apports au projet se révèlent chaque jour davantage. La programmation du futur quartier, voué initialement, pour l’essentiel, à l’habitat, s’en est trouvée diversifiée avec des activités économiques, sociales et solidaires. L’expérience a notamment démontré qu’artisanat, restauration, innovation, hébergement de personnes en situation de précarité, création artistique… pouvaient prospérer sur place dans une heureuse cohabitation. Le modèle économique qui les supporte aujourd’hui n’est sans doute pas reproductible dans la durée, mais des hypothèses alternatives sont à l’étude. Sur un plan architectural, les cours anglaises – ces sous-sols éclairés et ventilés naturellement, typiques de l’architecture hospitalière – se sont révélées être des lieux bien adaptés à l’accueil d’activités. Si bien que le projet les réutilise à cette fin dans les bâtiments préservés, et qu’il en crée même dans les nouveaux bâtiments. La Lingerie se confirme, elle, comme l’espace de vie central du futur quartier, rôle qu’elle a tenu durant les 36 derniers mois.

« L’apport de la société, concrétisé dans l’occupation provisoire, continue de caractériser l’élaboration du projet, souligne Adeline Chambe, directrice de l’aménagement de P&Ma. Il se systématise même dans la multiplicité de processus de co-conception à l’œuvre ».

Pour certains, c’est l’expression citoyenne qui fonde la démarche. C’est le cas de l’équipement mutualisé Pinard. À l’issue d’une série d’ateliers de concertation, la contribution des participants a été partagée avec les concepteurs via un additif au cahier des charges. Le dialogue à venir autour de l’espace public s’inscrira dans la même logique.

D’autres démarches de « ville collaborative » se focalisent sur l’usager final. L’aménageur formule dans ce cas des clauses particulières lors des consultations de promoteurs ou d’exploitants préalables à la réalisation ou à la gestion des différents programmes du quartier. L’îlot Lelong, associant logements sociaux et en accession privée, fait, par exemple, l’objet d’une consultation de quatre groupements de promoteurs et concepteurs. P&Ma leur a posé explicitement la question de l’association des futurs acquéreurs à la conception du projet et à la gestion ultérieure des lieux.

Le logement social propose une lecture originale de ces approches. Paris-Habitat et RIVP, bailleurs désignés pour les îlots Chaufferie et Petit, sélectionneront un panel d’une vingtaine de futurs locataires, trois ou quatre ans avant la livraison des logements. Habituellement, ceux-ci ne sont connus que trois mois avant l’achèvement du bâtiment. Ici, ils seront amenés à réfléchir en amont, en compagnie des concepteurs, au logement, aux espaces communs et à la gestion résidentielle, par exemple avec l’objectif de cages d’escaliers « zéro charges ». Le principe d’appartements livrés « prêts à finir » par le locataire est également envisagé. Parallèlement, « l’habitat participatif » — la forme la plus aboutie de ces procédés car la plus individualisée — est mise en œuvre pour l’îlot Lepage.

Cette implication directe des usagers dans la définition de l’habitat trouvera des prolongements pour certains espaces extérieurs. Quelques portions de l’espace public demeureront inachevées à la livraison, prêtes à être confiées à des collectifs d’habitants, libres ensuite de les adopter et de les adapter.

L’intention de la « ville collaborative » ne se cantonne pas à la conception des bâtiments ou du quartier. Elle considère aussi — peut-être davantage que ne le faisaient jusqu’ici les professionnels de l’immobilier — l’après-livraison. Fondamentalement, le rôle de l’aménageur se limitait classiquement à la vente des terrains et au suivi de la réalisation des différents programmes. Il quittait alors la scène, en quelque sorte. Désormais, note la directrice de l’aménagement de P&Ma, « il lui revient de créer les cadres pérennes d’un bon fonctionnement ultérieur du quartier et de ses différentes composantes, c’est-à-dire tel qu’il a pu être souhaité à l’origine par les élus, l’aménageur, les concepteurs et tous les autres protagonistes du projet. »

P&Ma connaît d’autant mieux les difficultés de ce défi qu’il a tiré les enseignements de sa propre expérience récente. Les ambitions d’efficacité environnementale portées pour certains bâtiments de la ZAC Clichy-Batignolles, dont il est l’aménageur, se sont confrontées à l’inexpérience des habitants et au manque de formation des syndics. C’est pourquoi P&Ma se montre, dès à présent, très vigilant sur de multiples aspects de la vie future du quartier Saint-Vincent-de-Paul, spécialement les espaces collectifs et publics, la distribution d’énergie, les services à la personne … Ces « communs », espaces ou services partagés, notamment dans la sphère privée, jouent un rôle essentiel dans la vie de l’immeuble comme du quartier Saint-Vincent-de-Paul. Les conditions de leur gestion seront donc déterminantes. Elles font l’objet, dès à présent, d’une réflexion poussée qui envisage plusieurs types de structure capables de gérer l’ensemble des services et des espaces communs et veut s’assurer de leur viabilité économique durable. Elle pourrait être composée d’habitants, ou être confiée à un gestionnaire de quartier œuvrant en lien avec eux.

L’ensemble des approches collaboratives s’inscrit dans une évolution plus globale des pratiques du projet urbain en France. Traditionnellement, l’aménageur jugeait d’abord du montant de la « charge foncière », le prix à payer pour construire, proposé par les différents promoteurs en lice. Puis, un concours d’architecture devait garantir la qualité du projet. Les récentes consultations Réinventer Paris ont réinterrogé le processus. Aujourd’hui la charge foncière est fixée par l’aménageur et les seuls critères examinés dans l’analyse des offres sont ceux de la qualité du projet dans une acceptation large et des coûts de vente des logements qui doivent rester dans le marcher. Les promoteurs et les opérateurs, sans doute motivés par l’attractivité de la place de Paris, se sont atteler à relever ce premier défi.

La question de la « ville collaborative » telle qu’elle est posée par Saint-Vincent-de-Paul constitue pour eux un challenge supplémentaire. Car, ils auront à lever, aux côtés de la Ville de Paris et de P&Ma, de nombreuses difficultés techniques comme juridiques. Un travail collectif qui se confronte souvent à des questions inédites est actuellement mené en ce sens. Il bénéficie néanmoins des avancées récentes du projet Paul Meurice, dans le 20e arrondissement de Paris, que porte également P&Ma. Dans le cadre de la consultation pour le lot E1 – des logements en accession privés – le groupement pluridisciplinaire réuni autour du promoteur Giboire et de l’agence LA architectures livre de premières interprétations convaincantes de l’association des futurs habitants à la conception des bâtiments.

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