Développement urbain durable

La pluie apprivoisée

10 février 2021

L'espace vert central du futur quartier
© Empreinte - Bureau de paysages


Dans une logique « de sobriété » et de préservation des ressources, le projet Saint-Vincent-de-Paul explore des alternatives à l’évacuation souterraine canalisée des eaux de pluie. Le sol de l’espace public retrouve sa capacité d’absorption.

Entretien avec Thierry Maytraud, directeur de l’agence ATM, concepteur du système de gestion des eaux de pluie.


En quoi consiste le projet de gestion des eaux de pluie ? 
Au lieu de se déverser dans un réseau d’évacuation canalisé, les eaux de pluie sont collectées dans l’espace public : les voies piétonnes et les espaces verts du futur quartier. Elles ruissellent d’abord via des rigoles et des caniveaux, puis dans des noues. Ce sont des canaux peu profonds de pleine terre, densément plantés. Là, les eaux s’infiltrent dans le sol, sont absorbées par la végétation et s’évaporent grâce au soleil et au vent, par un phénomène d’évapotranspiration. A contrario, lors de pluies très intenses, les noues ne peuvent absorber l’intégralité de la pluie. L’eau conflue dans des secteurs temporairement inondables de l’espace public, puis est absorbée, par les plantes ou la terre, suivant le même principe que les noues. La rétention de l’eau dans les espaces publics contribue au foisonnement et à la bonne santé de la végétation. La biodiversité du sol en est confortée, on y retrouve des lombrics et des insectes que le tassement excessif de la terre avait chassés.

En combien de temps les eaux de pluie sont-elles évacuées ? Les pluies courantes – 12 mm par centimètre carré et par jour – sont évacuées en moins de 24 heures. 48 heures sont nécessaires, en revanche pour les pluies décennales, des phénomènes météorologiques très intenses. Dans ces cas, les noues et les zones inondables pourraient ne pas retenir complètement les précipitations. Une petite partie de l’eau collectée coulerait à l’extérieur du quartier, jusqu’à rejoindre, d’un côté, le caniveau de la rue Boissonade et, de l’autre, celui de l’avenue Denfert-Rochereau. Et de là le réseau des égouts. Pourquoi les espaces verts du quartier ne peuvent-ils absorber l’intégralité de la pluie décennale ? Il faut savoir qu’à certains endroits le sous-sol est parcouru de carrières. Pour ne pas les fragiliser, il faut limiter les infiltrations dans ces cavités. Aussi, les noues plantées, lorsqu’elles les surplombent, reposeront sur une strate de matériel imperméable et leur capacité d’absorption s'en trouvera légèrement amoindrie. Le projet demeure malgré tout particulièrement ambitieux : il atteint pratiquement l’objectif du zéro rejet des eaux de pluie dans le réseau d’égouts, avec de rares exceptions ! La gestion à la parcelle des pluies décennales est une nouveauté à Paris, où seules les pluies courantes sont traitées au sein de l’espace publics dans les projets récents.

À quoi ressembleront les secteurs inondables de l’espace public ? Ce sont des espaces multi-usages, parfaitement appropriables par le public : aire de jeux d’enfants, placettes, bosquets… Ils seront à sec l’essentiel du temps, ce qui est important à souligner, donc praticables. Lorsqu’ils sont inondés, ils ne le restent pas longtemps. L’espace public vit en quelque sorte au rythme des saisons et de la météo.


Le plan de principe des futurs espaces publics du quartier 
© Empreinte - Bureau de paysages


Le repos hivernal de la végétation diminue-t-il l’évapotranspiration des plantes ? 
Les études ne remarquent pas de grandes différences dans les temps de traitement des eaux de pluie au sein de l’espace public selon la saison. L’activité de la végétation baisse considérablement uniquement en janvier et en février. Pendant ces deux mois, l’action conjointe de l’évaporation et de l’infiltration dans le sol suffit à évacuer les eaux de pluie. Simplement, le temps nécessaire est légèrement plus important que le reste de l’année.

Dans cette logique de perméabilité, l’espace public nécessite-t-il des soins particuliers ? Il faut entretenir régulièrement la végétation et, logiquement, éviter l’obstruction des noues par du matériel végétal. Mais, rien de particulier n’est à prévoir pour que le dispositif de gestion des eaux de pluie dans le sol demeure efficace dans le temps. La Ville de Paris a veillé tout au long de son élaboration à ce que l’entretien demeure simple et compatible avec les pratiques courantes des opérateurs.

Le choix du type de végétation est-il influencé ? Le projet est compatible avec une palette végétale extrêmement diversifiée, Elle ne se cantonne pas aux seules essences aquatiques. Il faut rappeler que les espaces publics, y compris les noues, ne seront inondés que rarement. Certes quelques espaces sont plus gourmands en eau que d’autres… La préservation d’un nombre importants des grands arbres préexistants de l’ancien hôpital est un atout pour le projet. Ces sujets de grande taille pompent beaucoup d’eau. Ils nous ont parfois obligé à modifier le tracé des cheminements d’eau, noues et rigoles. Cela fait partie du jeu du projet.

Comment la gestion des eaux de pluie s’organise-t-elle dans les lots privatifs ? Comme pour l’espace public, les eaux de pluie sont gérées à la parcelle, sans rejet dans le réseau d’égout. Elles seront donc absorbées par les toitures végétales et les surfaces de pleine terre situées au sein même des îlots. Les cahiers des charges des concepteurs comportaient des prescriptions claires en ce sens. En cas de pluies exceptionnelles, le surplus d’eau impossible à retenir à la parcelle se déversera dans l’espace public. Le dimensionnement de ses rigoles, noues et zones inondables tient compte évidemment de cette exigence.

 

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