Thanks for Nothing

Solidarité + création (1/2)

23 octobre 2020

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Le Pont Des Échanges, Paris, Nuit Blanche 2018 © thanks for nothing


Thanks for Nothing s'est donné pour objectif de construire des liens entre humanisme, dans une foule d'interprétations, et art contemporain. L'association a fini par se poser Façade Denfert, avec le groupement La Collective, pour y concrétiser ce projet.

Lire la première partie de l’interview de Marine Van Schoonbeek, présidente et co-fondatrice de Thanks for Nothing.

Qui est Thanks for Nothing ?
Une association née du rapprochement de cinq femmes, toutes issues du milieu, public ou privé, de l’art contemporain qu’il s’agisse du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, de la FIAC, du centre Pompidou, de la Fondation Art Explora ou de la galerie parisienne Chantal Crousel. Nos parcours respectifs nous ont permis de constituer un large réseau de relations professionnelles.

Or, à partir de 2017, nous avons souhaité lancer un pont entre ce réseau et nos engagements sociaux personnels. Nous étions toutes actives dans ce domaine via des associations dédiées à l’accueil des réfugiés, à l’insertion des publics les plus fragilisés… Ce trait d’union entre art contemporain et monde associatif humanitaire mérite d’être développé en France. Aucune structure n’organise dans notre pays des projets culturels faisant une place équivalente aux artistes et aux associations. Avec Thanks for Nothing, ces dernières sont partie prenante des projets culturels, aux côtés des artistes.

Quelques mots du positionnement de Thanks for Nothing dans la sphère des acteurs culturels. Et de son rapport à la commande artistique.
Nous tâchons avant tout de mettre l’humanisme au cœur de nos projets. Nous abordons ainsi tous les champs du social, et tous interconnectés. Parler d’environnement c’est aborder les enjeux sociaux liés au changement climatique ; la question de l’éducation va de pair avec celle de l’insertion des publics fragiles dans la société. Notre action se décline formellement en trois piliers : défense des droits de l’homme, éducation et environnement. Ils s’articulent entre eux et sont suffisamment poreux pour englober tous les sujets : accueil et réinsertion des réfugiés et des sans abri, défense des droits LGBT+, des droits des femmes, éducation des enfants, droits des minorités en général… Cette liberté nous vaut d’être reconnus comme interlocuteur par les associations et artistes les plus divers.

Les artistes sont engagés par définition. Mais, ils questionnent généralement le monde en faisant un pas de côté par rapport à la norme sociale, de manière poétique, symbolique, abstraite… Nous défendons leur liberté, de même que les associations humanitaires partenaires dans le cadre d’un projet ne leur imposent rien non plus. Thanks for Nothing est là pour faire le lien entre les uns et les autres. Tous les artistes avec lesquels nous travaillons sont sensibles aux enjeux que nous portons. Parfois leurs œuvres évoquent directement l’action de leurs partenaires humanitaires dans le cadre d’un projet. Je pense à Melik Ohanian qui, lors de Nuit Blanche 2018, a prolongé le travail de Bibliothèques Sans Frontières, en produisant une édition de quinze livres blancs. L’association les a transportés ensuite dans des camps de réfugiés dans plus de 8 pays à travers le monde, au Bangladesh comme en France. Je pense aussi au travail, foncièrement politique, de Thomas Hirschhorn ou de Mona Hatoum. D’autres artistes – et c’est déjà très généreux de leur part – se produisent tout simplement dans le cadre de nos initiatives. Ils offrent ainsi une formidable caisse de résonnance au travail des associations.


What I can learn from you. What you can learn from me, Paris, 2018 © Thomas Hirschhorn / thanks for nothing


Pourquoi Saint-Vincent-de-Paul ?
À la création de Thanks for Nothing, le choix était de fonctionner par projet, sans lieu d’ancrage, pour développer différents formats et réponses selon les contextes. Un choix qui nous a permis de développer de très beaux projets avec un impact social. Notre premier projet, une exposition au Palais de Tokyo doublée d’une vente aux enchères, a collecté plus de deux millions d’euros en faveur d’associations d’aide aux réfugiés. Les éditions 2018 et 2019 de Nuit Blanche, des initiatives à grande échelle, nous ont permis de toucher un public très large : plus de 500 000 personnes ont participé à notre projet sur le Pont Alexandre III, en 2018, où 35 000 livres ont été réunis pour Bibliothèques Sans Frontières. En 2019, à la Cité des sciences et de l’industrie, le cadre était cette fois-ci propice à l’évocation d’enjeux environnementaux. Depuis trois ans, Thanks for Nothing a monté un colloque international sur la question de l’art et de l’engagement, en partenariat avec le musée du Louvre, Sciences Po et d’autres écoles. Grâce à ces expériences, notre modèle s’est précisé et perfectionné. Au terme de ces premières années d’activité, nous souhaitions le pérenniser, en l’inscrivant dans un équipement. L’appel à projet pour le développement d’un projet culturel sur le site de Saint-Vincent-de-Paul est donc tombé à point nommé. Lorsque Cogedim, le promoteur immobilier porteur du projet, nous a contactés, nous avons décidé de proposer un centre d’art et de solidarité qui fasse écho à l’héritage des Grands Voisins.


We Dream Under the Same Sky, Paris, 2017 © Rirkrit Tiravanija / thanks for nothing


Quels sont les aspects essentiels de votre projet culturel pour Saint-Vincent-de-Paul ?
Dans le futur quartier, Thanks for Nothing prolongera son activité habituelle en organisant deux expositions par an sur la base de partenariats entre artistes et associations humanitaires. Elles seront accueillies dans un centre d’art contemporain de plus de 1 000 mètres carrés, au rez-de-chaussée du nouvel îlot Denfert. Des parcours d’œuvres seront également réalisés dans les espaces extérieurs, le long de la « Façade Denfert », les îlots qui bordent l’avenue Denfert-Rochereau. Celle-ci accueillera aussi une résidence de plus de 20 ateliers-logements, attribués à des artistes internationaux par un comité d’experts. Enfin, nous proposerons des cycles de performances, de projections de films, de conférences, d’ateliers de pratiques artistiques avec la fondation Culture et Diversité… dans les espaces de La Pouponnière et dans les espaces communs extérieurs quand le temps le permettra. Voici pour le volet culturel, stricto sensu, du projet.

Celui-ci intègre également, en plus des partenariats humanitaires, un programme d’activités solidaires et sociales. Nous nous sommes inspirés de la mixité inclusive générée par les Grands Voisins, une vraie connexion entre acteurs, créatrice de sens. Aussi, un centre d’hébergement d’urgence d’Emmaüs Solidarité accueillera une dizaine de familles de réfugiés juste au-dessus du centre d’art et à proximité immédiate d’ateliers d’artistes. Cette imbrication des programmes est centrale dans le projet. Elle favorisera les interactions entre les personnes hébergées et les initiatives artistiques, dans le cadre, par exemple, de projets d’insertion. Le volet solidaire du projet se prolongera dans le futur restaurant de l’Oratoire, confié au Refugee Food Festival. L’association organise depuis plus de cinq ans des festivals culinaires et la réinsertion des chefs réfugiés dans des restaurants en France et à l’étranger. Enfin, Makesense, un incubateur social, créera un espace de coworking dédié aux entreprises de l’économie sociale et solidaire.

Avec tous ces partenaires, et les autres qui nous rejoindront au fur et à mesure, l’enjeu est aussi de parvenir à une forme de gouvernance collective. D’où le nom de notre projet : « La Collective ». Ce ne sera pas toujours facile au quotidien, mais c’est un cap à tenir. La réussite des Grands Voisins, qui fonctionnaient sur la base d’une économie du partage des ressources, des connaissances et des savoir-faire entre les trois partenaires, ne peut que nous inspirer. Lire la seconde partie de l'entretien


Art 19 – Box One, exposition en soutien à Amnesty International, Paris, 2019 © thanks for nothing

 

 

 

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