Îlot Lelong

Dialogues

14 septembre 2020

Vue depuis la croisée paysagère centrale du quartier
© Lacaton & Vassal, Gaëtan Redelsperger architectes / image Bureau Jaune


Le mariage de l
ancien et du contemporain fait de limmeuble Lelong un projet emblématique du futur écoquartier. Julien Callot, un des concepteurs de lagence Lacaton & Vassal, décrit le réinvestissement et la surélévation de cette ancienne clinique.

Entretien avec Julien Callot, architecte, agence Lacaton & Vassal.

Qu’est-ce qui vous a motivé dans les projets Saint-Vincent-de-Paul et Lelong ?
La sobriété qui caractérise le projet Saint-Vincent-de-Paul répond à notre idée du travail d’architecte : concrétiser un projet durable dans une économie de moyens. Dans cette logique, il ne faudrait jamais démolir un bâtiment sans avoir interrogé au préalable son potentiel de réutilisation. Le projet Lelong est donc très motivant. L’immeuble, réalisé en 1956, s’impose à nous : il doit être préservé, reconverti et surélevé pour répondre à la demande de logements attendue. Partant de ses qualités indéniables, notamment des espaces intérieurs vastes, totalement libres de structure et très bien éclairés, nous le voyons comme une ressource et inventons des espaces de vie originaux.

Comment transformez-vous cette ancienne clinique ?
Avec ses murs de brique jaune, l’immeuble présente une identité architecturale caractéristique de son époque, que le projet affirme en tant que telle. La surélévation s’en distingue donc nettement grâce à la sobriété et à la Légèreté de son design. La légèreté est aussi structurelle. Les étages supplémentaires, réalisés en bois et métal, prennent appui directement sur les façades préexistantes, intégralement préservés, sans création de nouveaux points porteurs au sein de l’immeuble. Ce dernier n’est donc pas dénaturé. Et sa reconversion en logements est facilitée.


Vue depuis la croisée paysagère centrale du quartier © Lacaton & Vassal, Gaëtan Redelsperger architectes / image Bureau Jaune


Dans le socle de l’édifice – rez-de-chaussée et premier sous-sol – des fenêtres sont agrandies et des ouvertures sont créées en façade pour mieux accueillir le programme d’activités. Par ailleurs, les espaces d’une ancienne crèche, initialement à démolir sont conservés. L’ensemble offre 1 400 m2 de surface supplémentaires que nous ouvrons largement sur le jardin avec la création d'une serre au rez-de-chaussée. Cet espace végétal abrité met en communication les deux niveaux et leur apporte une lumière naturelle abondante. La programmation, proposée en phase concours, sera étudiée plus finement dans les mois à venir.

Quelle connexion établissez-vous entre le projet et le quartier ?
La cour-jardin, destinée à l'usage principal des habitants, est ouvert sur l’espace public. Sa composition établit une continuité végétale et écologique avec le jardin de la Fondation Cartier. L’îlot est traversé du nord au sud par un passage piéton couvert : la galerie. Les usages et les modes de gestion de ces deux espaces, tous deux privatifs mais accessibles au public en journée, font l’objet d’une réflexion.


Le passage en cœur d'îlot
© Lacaton & Vassal, Gaëtan Redelsperger architectes / image Bureau Jaune


Le programme comprend des logements privatifs et sociaux. Comment cohabitent-ils 
?
Le projet offre un même niveau de confort et de qualité et de générosité spatiale quel que soit le logement et son habitant. C'est pour nous une évidence. Tous les logements de l’immeuble préexistants tirent parti de ses caractéristiques propres. Ils sont un peu atypiques, avec de larges fenêtres, une belle hauteur sous plafond, d’amples rangements créés dans les épaisseurs des murs et en mezzanine… Dans la surélévation, les logements sont très transparents, ouverts à l’extérieur sur toute leur façade grâce à des jardins d’hiver vitrés, prolongés par des balcons. Par ailleurs, chaque palier de l’immeuble donne accès à des logements à la fois privatifs et sociaux. Quartus et son partenaire, le bailleur social Habitat et Humanisme, n’ont pas souhaité les séparer par cages d’escalier. Enfin, les locataires des logements sociaux et les copropriétaires participeront ensemble à la vie et à la gestion de l’immeuble, grâce à la création de l’Agora Lelong, une association d’habitants.

Quels types despaces partagés entre habitants avez-vous imaginé ?
La cour-jardin et la serre, au cœur de l'îlot, sont principalement dédiées à l'usage des habitants. Les espaces d'activités localisés dans l'aile principale nord sont connectés avec l’espace public central. Ils forment une transition et communiquent avec l'intérieur de l'îlot via la galerie.

Un espace de 200 m2 en toiture terrasse est en revanche destiné exclusivement aux résidents. Les espaces de service – locaux de collecte des déchets et de stationnement vélos – sont regroupés au centre de l’immeuble : une manière de dépasser le fonctionnement par cage d’escalier et d’amener les habitants à se croiser.


Le jardin en cœur d'îlot
© Lacaton & Vassal, Gaëtan Redelsperger architectes / image Bureau Jaune


Quelle est votre approche environnementale, notamment à travers le réinvestissement d
un bâtiment existant ?
L'approche environnementale est inscrite dans la conception du projet. Premièrement par la réutilisation complète de l'existant sans destruction et au plus près de ses capacités, et deuxièmement par la conception bio-climatique du projet qui privilégie le comportement passif et l'utilisation des ressources naturelles du climat.

Nous savons déjà, par les études, que des économies énergétiques importantes peuvent être réalisées dans le bâtiment préexistant. L’inertie thermique de ses murs épais évite les déperditions de chaleur comme de fraîcheur. Aussi, avec des fenêtres très performantes et une isolation bien positionnée, la température au sein du bâtiment sera stable. Pour les logements neufs de la surélévation, les jardins d'hiver jouent un rôle très important dans le confort et la thermique. En plus de l'espace d'usage qu'ils offrent en continuité du logement, ils captent les apports solaires en hiver et assurent une protection contre les rayonnements à l’été. Nous les utilisons systématiquement dans nos projets.


Un appartement de l'extension contemporaine
© Lacaton & Vassal, Gaëtan Redelsperger architectes / image Bureau Jaune


Par ailleurs, le paysagiste Cyrille Marlin développe une approche naturaliste dans le jardin central et les cours anglaises de pleine terre. Le point de départ est l’inventaire de toutes les espèces animales et végétales déjà là, pour les préserver et en faire l’amorce d’un écosystème. Une sorte de pendant de notre travail d’architectes. L’idée est aussi d’instaurer une continuité biologique avec le jardin de la Fondation Cartier, limitrophe, cultivé depuis des années dans un même esprit.

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